CABARETS QUEERS : FILIATIONS ET PERSPECTIVES
CEAC Journée d'étudesDans le cadre de la Saison Cabaret initiée et soutenue par le Ministère de la Culture.
Journée d’étude organisée par Hélène Giannecchini, Ariane Martinez et Maëva Lamolière, CEAC, Université de Lille en partenariat avec Sophie Josseaux, DRAC Hauts-de-France et avec Le Gymnase CDCN -Roubaix
Depuis la fin du XIXe siècle, le cabaret constitue un lieu de sociabilité et d'expérimentation esthétique. Il a offert un terrain où pouvaient s'inventer de nouvelles formes de lien social, de représentation de soi et de critiques. Le mot « Cabaret » signifie à l’origine « restaurant bon marché » dans le néerlandais du XIIIe siècle ; il a aussi renvoyé à une « petite chambre » dans l’ancien picard ; ces deux usages du terme associent la convivialité et l’intimité. Nous assistons actuellement à un renouveau du cabaret qui, comme le souligne le chercheur Florian Gaité, est porté par des artistes pour qui « le trouble est déjà un genre en soi » (« Des strass à l'insurrection, l'art indocile des cabarets », Art Basel, 2025). C'est à l'intersection de cette tradition et des études queer que cette journée d'étude entend se situer, en interrogeant les formes historiques et contemporaines du cabaret comme pratique à la fois culturelle et politique.
Le cabaret ne forme pas un genre stabilisé, mais plutôt un ensemble hétérogène de pratiques : drag, burlesque, performance, poésie performée partagent une même disposition subversive à l'égard des normes de genre et de sexualité. Ici, la chanson côtoie le sketch, la danse et l’acrobatie s’en mêlent, et la dramaturgie du numéro suppose que s’enchaînent toutes les possibilités, sans hiérarchies ou structuration surplombante. Tout en étant une forme artistique qui a connu ces dix dernières années une vitalité nouvelle, le cabaret constitue un lieu de proximité entre artistes et publics, où on peut parler, manger, chanter. Liberté de ton, liberté gestuelle, et irrévérence s’y associent, ce dont témoignent les costumes sophistiqués, surprenants et/ou incongrus. En mobilisant les outils de la théorie de la performativité et de l'histoire visuelle et culturelle, cette journée se propose d'interroger les cabarets comme des sites privilégiés de production, de mise en scène et de contestation des identités. Partant du principe que « [l]’ identité est produite par les gestes mêmes qui entendent la libérer » (Didier Eribon, Réflexions sur la question gay, Paris, Flammarion, 2012 [Fayard, 1999], p. 230-231), artistes et chercheur·euses prendront la parole pour exposer certains fils historiques et esthétiques du cabaret et nous livrer leur vision de ses codes, de son inventivité et de sa résistance. Nous entendons ainsi ouvrir un espace de dialogue entre pratique et théorie, entre celles et ceux qui étudient le cabaret et celles et ceux qui le font vivre sur scène aujourd'hui.
PROGRAMME
13h30 : Accueil
14h-14h30 : Ouverture
14h30-15h : « Le Bal Mascare »
Conférence-performance de Mascare
Cette performance est un cheminement dans ce qui fait le travail de cabaret de Mascare, c’est à dire, des élucubrations sur la naissance du théâtre à Delphes, des histoires de météores, de cagoules, des morceaux de littérature, des rencontres avec Joan Nestle, Dorothy Allison et James Baldwin.
Mascare est artiste multiforme, comédienne et DJ. Elle consacre entre 2015 et 2020 une thèse de doctorat à Didier-Georges Gabily, première étude monographique dédiée à cet écrivain reconnu pour son usage viscéral du langage. En février 2022, elle co-fonde avec Bili Bellegarde, Soa de Muse et Grand Soir le cabaret autogéré La Bouche, espace queer et politique. En parallèle, elle écrit des spectacles pour la scène du cabaret Madame Arthur et participe à la direction artistique du lieu. En 2023, elle est DJ résidente à L'Œil Club et donne des workshops de création sonore à Ziguinchor au Sénégal avec l'Alliance Française. Depuis 2024 et 2025, elle joue dans deux pièces de Virginie Despentes, WOKE et Romancero Queer, au théâtre national de La Colline et au CDN de Montreuil, et assure une création sonore pour Marie Darrieussecq au musée de l'Orangerie. En 2026, elle publie Belgazou aux Éditions Corti.
15h-15h30 : « Des ambiguïtés archéologiques des mondes queer du cabaret au XXe siècle aux recompositions des scènes queer du cabaret contemporain, continuités culturelles ou héritages formels ? »
Communication de Nadja Perreau
Nadja Perreau est ancienne élève de l’École Normale Supérieure et titulaire d’un master en études théâtrales de la Sorbonne Nouvelle, actuellement doctorante en Arts du Spectacle à l’Université de Lille sous la direction d’Ariane Martinez, sa thèse s’intitule Artistes queer et trans sur les scènes circassiennes en France de 1998 à aujourd’hui, perspectives historiques, politiques et esthétiques. Ses recherches, inscrites dans les études culturelles, se situent à l’intersection des études queer et trans*, de l’histoire du spectacle vivant et de l’analyse esthétique. Elle s’intéresse dans ce cadre à la production d’archives en lien avec les histoires dissidentes du cirque, du cabaret et du music-hall depuis la fin du XIXe siècle en France, afin de les mettre en résonance avec la création contemporaine.
15h30-16h : « Jean-Marie Rivière, L'Alcazar et les travestis des années 70 »
Communication de Romain Piana
Romain Piana est professeur des universités à la Sorbonne Nouvelle où il dirige l’Institut d’Études Théâtrales (UFR Arts&Médias). Historien du théâtre et des formes spectaculaires populaires, il a notamment travaillé sur le genre de la revue, au théâtre comme au café-concert et au music-hall.
16h-16h20 : Discussion
16h20-16h40 : PAUSE
16h40-17h35 : « Éloge des guillemets : autoportrait d'une voix queer »
Conférence-performance d’Elysée Moon
À la croisée de la conférence, du spectacle et du témoignage, Élysée Moon explore les potentialités d’une pratique artistique hybride où se rencontrent opéra, cabaret, histoire de l’art, médiation culturelle et cultures queer. Nourrie d’expériences personnelles, de références théoriques et de musique en direct, cette conférence-performance s’intéresse aux décalages que produit le drag et à la façon dont ceux-ci peuvent déplacer notre regard sur les œuvres, les identités et les récits. À partir de son parcours de drag queen, chanteuse lyrique et guide-conférencière, elle fait dialoguer des univers que l’on sépare souvent et interroge le pouvoir de l’art comme espace de rencontre et de réinvention.
Élysée Moon est une créature rare née en 2022 du besoin de Grégoire Ichou de trouver un espace d’expression artistique plus libre, et de sa volonté de questionner le genre, en particulier dans l’opéra et l’histoire de l’art.Drag queen, chanteuse lyrique et guide-conférencière, elle aime brouiller les frontières : entre féminin et masculin, entre cultures dites « légitimes », « populaires » ou « subcultures », mais aussi entre fiction et réalité. Médiatrice dans l’âme, Élysée Moon fait dialoguer des univers que l’on sépare souvent. Elle amène l’opéra dans les drag shows, le drag dans les institutions culturelles et cherche à tisser des liens entre ces différentes pratiques artistiques et les publics dans toute leur diversité. Outre sa présence dans de nombreux drag shows en France et en Belgique, elle s’est produite ou a collaboré avec l’Opéra-Comique, la Philharmonie de Paris, Insula Orchestra – La Seine Musicale, l’Opéra de Lille, le Théâtre du Nord, le Palais des Beaux-Arts de Lille, le Festival Bibliothèques Idéales, CY Cergy Paris Université, le Théâtre du Châtelet, l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, le musée du Luxembourg, le musée de Cluny, le musée Gustave Moreau, le Théâtre du Beauvaisis, et le Théâtre de la Monnaie (Bruxelles).
17h35-18h : PAUSE – avec diffusion de la pastille vidéo Reines du music-hall
18h-19h : BORD PLATEAU – Discussion collective
19h30-21h30 : SOIRÉE CABARET